un carême pour la mission

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Lecture d'image de trois tableaux: Ecoute le cri des pauvres de Vincent van Gogh (1853-1890). Une église "en sortie" Otto Dix (1891-1969). Joie de l'évangile Arcabas.

 

Un carême pour la mission

 

 

Arcabas ( 1926) la Visitation .http://sd-5.archive-host.com/membres/up/180045303837511855/A_Divers/2014/fiche_lecture_d/fiche_lecture_dArcabas.pdf

Jean Marie Pirot doit son surnom à ses étudiants de l’école des Arts-Déco de Grenoble en 1968. Il signe Arcabas depuis 1972. Une grande partie de ses oeuvres s’inspire de la Bible. Sa grande oeuvre c’est la décoration de l’église Saint Hugues de Chartreuse (Isère), mais le peintre se défend d’être uniquement un peintre religieux. Il a peint 4 fois le Thème de la visitation.

La toile présentée ici fait partie du polyptyque de L'Enfance du Christ, un ensemble de 11 toiles qui date de 1995-1997. Ayant appris par l’Ange Gabriel qu’Elisabeth sa cousine, qu’on disait stérile, va devenir mère, Marie accourt chez sa cousine pour se mettre à son service. Laissons de côté tout ce que nous savons sur ce passage de l’évangile de Luc et entrons dans la représentation de ce moment qu’Arcabas nous donne à voir.

Il y a de la joie dans l’élan qui porte ces deux femmes l’une vers l’autre. Elles sont encore en marche, la position des pieds, le mouvement du manteau le soulignent Bientôt elles seront dans les bras l’une de l’autre. Pour l’instant elles amorcent le geste tendre des retrouvailles. On reconnait Marie dans cette jeune femme, à droite. Visage juvénile, taille encore svelte, vêtue d’un manteau bleu et d’une robe rouge, couleurs traditionnellement attribuées à la Vierge depuis le XIIIème siècle : bleu céleste pour la reine du ciel, rouge de la vie pour celle qui va donner naissance au fils de Dieu.

Face à elle, Elisabeth. Visage aux traits alourdis de femme mure, taille épaissie, elle en est à son 6ème mois de grossesse (Luc 1, 36) vêtue d’une veste courte bleu sombre et d’une robe dans un dégradé de bleu qui semble dégouliner et baigner le sol de son ombre, comme une flaque, un sillage qui la relie à la maison d’où elle s’est élancée à la rencontre de sa cousine.

Le geste amorcé laisse une place entre les deux ventres. Les bras tendus protègent un espace où se déroule « La deuxième rencontre ». Point de petits personnages comme à la fin du Moyen-Age, mais la présence de deux petites croix d’or trapues, familières aux oeuvres d’Arcabas. La croix de droite est détachée du corps, celle de gauche au contraire reste sur le ventre, un aplat doré les relie. Les branches horizontales des croix font comme deux petits bras qui semble s’accueillir mutuellement : Jésus fils de la Vierge, départ de la Nouvelle Alliance, vient à la rencontre de Jean Baptiste, fils de la femme stérile et de Zacharie, prêtre de la première Alliance et il le sanctifie dans le sein de sa mère. Les deux croix sont immergées dans l’or, couleur de la présence divine pour signifier que tout cela fait partie du plan salvateur de Dieu.

A l’arrière- plan, dans l’ombre du porche, un homme, la main posée sur l’huis, est témoin muet de la scène. Muet Zacharie l’est, car il a douté de l’annonce qui lui était faite par Gabriel en soulignant qu’à cause de l’âge ce n’était pas possible. Cela nous renvoie à un autre doute, et pour les même raisons, dans le récit de la Genèse (18, 11…) celui de Sarah à l’abri de sa tente, lorsque le Seigneur annonce à Abraham son époux, la venue de leur fils, Isaac. Zacharie assiste dans l’ombre au début de la réalisation des promesses annoncées par l’ange. Dans les formes douces, rien d’anguleux, les couleurs fortes sans être agressives, les gestes tendres, les regards, Acabas nous donne à voir une rencontre pleine de grâce, de douceur.

Avec Zacharie nous sommes témoins de ce moment. La joie de cette rencontre pleine de promesses, nous mène à terme à la joie d’être sauvés.

Monique SAUREL

 

Otto Dix (1891-1969) La Grande résurrection II (1949) http://sd-5.archive-host.com/membres/up/180045303837511855/A_Divers/2014/fiche_lecture_Otto_Dix.pdf

Peintre allemand du début du XXème siècle, Otto Dix a connu les deux grandes guerres auxquelles il a participé. Profondément marqué, traumatisé, par ce qu’il a vu, notamment en 1914-18, il décide de peindre les horreurs de la guerre. Il participe au courant expressionniste dont le style brut, distordu jusqu’à la laideur lui permet de donner à voir le sentiment qu’il ressent face au monde angoissant dans lequel il vit. En 1944, fait prisonnier, il expérimente la souffrance qu’il interprète en termes religieux. En 1949 il renoue avec les thèmes bibliques de ses débuts et rompt avec le style angoissé de ses oeuvres antérieures. Les siècles précédents nous ont laissé de multiples représentations. Thème connu donc ! Mais une fois encore, laissons- nous aller à la contemplation de ce que le peintre nous donne à voir. La sortie du tombeau semble se dérouler de nuit, en témoigne un ciel sombre où flottent, non des étoiles aux formes classiques, mais des planètes entourées de leur anneau. Le tombeau, déstructuré par la force de l’évènement, est ouvert. Le Christ en sort, s’appuyant sur une jambe, victorieux de la mort. Il pose son pied sur le bord, renforçant cette impression de victoire et en même temps, par contraste, il montre la profondeur de la blessure béante au premier plan : il y a trois jours il était pendu au bois de la croix.

Cette posture nous rappelle celle de la résurrection de Pierro Della Francesca, un artiste toscan (1450). Mais la similitude s’arrête là. Point de raideur ni d’étendard. Le Christ s’élance les bras levés dans une attitude d’offrande, il montre les plaies de ses mains, son visage semble sourire légèrement, pas d’auréole, mais la tête posée sur un triangle très lumineux.

Le linceul qui le couvre partiellement a pris les couleurs de la terre, où le ciel se reflète avec un rayon de lumière, et du sang qui en séchant brunit. Cela, Dix l’a vu dans les tranchées de 14-18. Peut-être, ce crâne auréolé, lui aussi, de rouge sombre, posé sur le bord du tombeau, lui rappelle-t-il tous ceux qui sont tombés autour de lui et les orbites vides ressemblent-elles aux orbites vitrées des masques à gaz que l’on rencontre dans ses toiles.

Mais Otto Dix connait la peinture religieuse. Dans les tableaux de crucifixion des siècles passés, il a vu un crâne représenté au bas de la croix du Christ, plantée sur le Golgotha, qui signifie le mont du crâne. Peut-être connait-il la symbolique identifiant ce crâne à celui d’Adam que le Christ, Nouvel Adam sans péché, vient tirer vers la Vraie Vie et avec lui tous les hommes ? Mais lui a choisi de mettre ce crâne dans sa résurrection.

Peut-être voulait-il que ces significations soient posées là, ensemble, au bord du tombeau : la mort et ses horreurs, la symbolique chrétienne, en opposition avec la Vie nouvelle qui explose et emporte tout dans le mouvement ascendant imprimé à la toile. Le Christ Jaillit. Sur son corps presque translucide se reflètent la lueur du ciel et des étoiles, tout le cosmos est présent à ce jaillissement. Le christ est accompagné par des anges dont on distingue les visages, un corps, à gauche et un bras aux couleurs solaires tout comme les ailes chatoyantes. Souvent inspiré par l’Evangile de Matthieu, le peintre ne s’est pas encombré du thème traditionnel des soldats de garde. La toile passe de l’ombre, au tiers inférieur, à la lumière qui occupe les deux tiers supérieurs. Dans cette oeuvre, la dynamique formelle est très présente. Les lignes obliques, l’explosion des couleurs nous font ressentir la force du jaillissement et de cette vie nouvelle qui va tout changer.   

Monique SAUREL

  

 

                                                                              

Vincent Van Gogh (1853-1890), le Bon Samaritain d’après Delacroix, (début mai 1890) http://sd-5.archive-host.com/membres/up/180045303837511855/A_Divers/2014/fiche_lecture_Van_Gogh.pdf

Fils de pasteur protestant Van Gogh fut très tôt accoutumé à la lecture de la Bible. Hésitant pendant un certain temps entre vocation artistique et vocation religieuse, il choisit de se consacrer à la peinture. Mais sa foi et la Bible restent des repères constants dans sa vie. Bien sûr, nous connaissons ce passage biblique, l’histoire et les personnages, mais avant toute interprétation hâtive, laissons- nous pénétrer par ce que nous voyons, ce que cela provoque en nous et ce que cela nous dit de l’Evangile. Le premier plan est envahi par un groupe constitué de deux hommes et un cheval.Le premier homme est impressionnant par sa stature, on devine que l’homme est « baraqué », presque aussi grand que le cheval. Cependant il est entièrement pris par l’effort qu’il fait pour hisser l’autre homme sur sa propre monture. Le mollet est gonflé, la jambe fléchie, l’autre jambe tendue comme tout le corps, la tête écrasée sur l’épaule marquent qu’il se donne tout entier au sauvetage. L’homme secouru porte les traces d’une violente agression : il est à moitié nu, le visage livide. Le bandage à sa tête témoigne des premiers soins prodigués, il est le pendant terni et verdâtre du turban éclatant, tandis que les tâches bleues des pantalons se répondent, donnant de l’équilibre à la composition. Le blessé semble reprendre vie, redresse déjà la tête, s’appuie sur son sauveur, confiant dans cette proximité, comme si la générosité et l’attention portées lui redonnait de la force.

Le cheval élément stable du groupe attend stoïquement sa charge, il participe à sa manière. Le personnage du samaritain, puisque c’est lui, attire la lumière, qui vient d’en haut à gauche, sur toute sa personne et semble la transmettre au blessé. Le corps de ce dernier s’illumine déjà sans que cela atteigne encore tout à fait la tête. A leurs pieds, le coffre témoigne du vol, les auteurs du larcin sont loin. En revanche sur le chemin qui serpente à gauche, on aperçoit deux silhouettes grisâtres, tournant le dos, elles s’éloignent, appliquées à suivre leur route, exprimant ainsi leur désintérêt pour l’homme laissé là.

Le tableau est visuellement coupé en deux selon une ligne oblique qui suit, de droite à gauche, la berge du torrent l’inclinaison des corps, un bout de prairie et s’arrête au point où le personnage le plus éloigné va être avalé, en arrière–plan, par l’ombre des gorges rendues hostiles par les couleurs sombres, froides comme les coeurs que rien n’émeut, impression renforcée par l’eau qui tombe en cascade et le ciel verdâtre.

A l’avant, nous trouvons les couleurs ensoleillées chères au peintre, celles des paysages qu’il voit depuis la fenêtre de sa cellule à l’hôpital psychiatrique St Paul à St Rémy de Provence où il séjourne pendant quelques mois. C’est dans cette partie de la toile que s’accomplit le geste charitable. Cette oeuvre directement inspirée, d’Eugène Delacroix, témoigne de l’appréhension qu’avait Van Gogh à peindre le sacré par lui-même, de peur de rendre le divin de façon imparfaite .Mais l’intensité des couleurs alliées à la force du geste, la compassion, la confiance et la proximité exprimées sont bien au service du message d’amour délivré par l’Evangile. Aimer son prochain, Van Gogh l’a éprouvé quand en 1877, lassé des études théologiques qui lui semblent trop abstraites face à la souffrance des pauvres, il vient comme prédicateur auprès des mineurs du Borinage belge et partage la vie de ces gens totalement démunis.

 

 Monique SAUREL

 

 

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